Monthly Archives: juillet 2013

Liberté-Hebdo , Mediapart, la liberté d’informer a besoin de vous!

Le Conseil National de la Résistance stipulait dans son programme (Art4 alinée 3) :

  • la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères

Nous relayons ci-dessous les appels de Liberté-Hebdo et Médiapart, deux médias confrontés à la difficulté d’informer :

Cher(e)s Ami(e)s,liberté

Emploi, pouvoir d’achat, retraite, sécurité sociale, répartition des richesses…, malgré le vote du 6 mai 2012, la politique mise en œuvre ne répond malheureusement pas aux aspirations populaires.

La rentrée s’annonce ainsi particulièrement mouvementée tant sur le plan politique que social.

 Face à l’austérité qui ne dit pas son nom et surtout répondant aux injonctions de la Commission Européenne, un autre choix de société – qui placerait les femmes et les hommes de notre pays avant les considérations financières – est possible.

 C’est ce que s’emploie à démontrer chaque semaine le journal Liberté-Hebdo.

 Tous les vendredis, vous pouvez ainsi lire l’actualité décryptée par la rédaction, mais aussi de nombreux dossiers, portraits, articles, qui montrent qu’une réelle alternative à l’austérité est possible.

 Le tout, en étant le relai des luttes sociales et en mettant en avant les actions de proximité.

 Mais pour continuer à être ce formidable porte-voix, Liberté-Hebdo a besoin du soutien de tous. Et dans l’immédiat d’un soutien financier.

 Rien n’est simple pour la presse écrite, encore moins si elle est d’opinion. La crise ne nous épargne pas, loin s’en faut.

C’est pourquoi, nous en appelons à ce que vous puissiez répondre à la souscription que nous avons lancée. Et, pour ceux qui ne le seraient pas encore, à s’abonner. (appel à souscription et bulletin d’abonnement en pièce jointe).

Sachant pouvoir compter sur votre indéfectible soutien afin que Liberté-Hebdo puisse continuer à porter une vision différente au sein de la presse régionale, je vous prie d’agréer, Cher(e)s Ami(e)s, mes plus sincères salutations.

Alexandre BASQUIN, Directeur de la publication
souscription-liberte

bulletin-abonnement

Bettencourt : l’affaire que vous ne pourrez plus lire sur Mediapart

 

Censure: un air de Second Empire

Il faut bien mesurer la portée de la décision de justice qui nous ordonne de supprimer, avant lundi 22 juillet minuit, toute citation des enregistrements Bettencourt. Nous allons détruire environ cent articles, fichiers audio et vidéo. Il s’agit d’un acte de censure massive et sans précédent pour un titre de presse numérique en France. En ce sens, cette censure est un événement jamais vu dans notre pays depuis la naissance d’Internet et de l’information sur support numérique. Lire la suite

De Maistre fait exécuter la censure (le 15 juillet 2013)

L’ex-gestionnaire de fortune de L. Bettencourt, nous a officiellement signifié lundi 15 juillet l’arrêt de la cour d’appel de Versailles nous ordonnant de retirer toute citation des enregistrements Bettencourt. Il nous reste 24 heures pour nous plier à cet acte de censure sous peine d’une amende de 10.000 euros par jour et par infraction constatée. Lire la suite
Bettencourt-Mediapart: un appel contre la censure (le 11 juillet 2013)

Signez ici l’appel lancé avec Mediapart par plus de quarante titres de presse, associations de défense des libertés, syndicats, et des dizaines de personnalités politiques et de la société civile, pour défendre la liberté de l’information qui n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens. Lire la suite

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André Chassaigne. « Ne pas opposer environnemental et social »

Nous reproduisons ci dessous un article publié dans le journal « La Marseillaise »

Le point sur les contradictions entre capitalisme et lutte environnementale.chassaigne

Avec la transition écologique, le Front de Gauche s’est approprié une réflexion environnementale à l’élection présidentielle. Le point sur l’analyse et les propositions avec le Président du Groupe Front de Gauche à l’Assemblée Nationale, André Chassaigne.

La Marseillaise. Que pensez-vous de l’impossibilité de consensus et de la réaction du Medef. Cela ne souligne-t-il pas l’impossibilité structurelle du capitalisme à opérer une transition en contradiction avec son fonctionnement ?

André Chassaigne. Pour avoir une nouvelle politique dans le domaine de l’environnement et plus particulièrement de l’énergie, cela implique de mettre en œuvre des orientations qui répondent à la fois aux objectifs sociaux et environnementaux. Mais réfléchir à ces orientations avec sur la tête le couperet financier, l’exigence de rentabilité et de profit à court terme qui sont l’essence même du capitalisme… La réponse risque d’être insatisfaisante. Les luttes contre les politiques d’austérité et pour un autre type de développement permettent une montée en charge environnementale. Ce ne sont pas des combats différents.

La Marseillaise. Pouvez-vous expliquer les contradictions avec le fonctionnement capitaliste ?

André Chassaigne. La priorité est d’avoir une politique de sobriété énergétique et de meilleure performance. Cela suppose le développement de la recherche, ce qui relève de la dépense publique. C’est en contradiction avec le court terme inhérent à l’extrême financiarisation. Évidemment, ce n’est pas source de profit immédiat. Mais c’est porteur d’énormément d’amélioration si on se place du point de vue du développement humain.

Autre contradiction avec le capitalisme, la nécessité d’une maîtrise publique. C’est le seul moyen d’avoir une lutte environnementale qui prenne en compte la problématique sociale.

environnement socialLa Marseillaise. Sur la question environnementale, le PCF a longtemps privilégié la défense des outils de production et des emplois. Pourquoi et comment cela a-til évolué ?

André Chassaigne. Il y a un décalage entre la réflexion que nous menons, notre prise de conscience de l’impact de notre activité sur l’environnement, de l’épuisement des ressources, du réchauffement climatique… et l’image que nous donnons. On nous plaque une réputation de productiviste voire de Groupe politique qui n’est pas intéressé par ces questions. Or, si on fait la somme des réflexions produites depuis des années, les propositions innovantes sont nombreuses avec la qualité de ne pas être érigées en opposition à la question sociale. Mais nous ne parvenons pas à les faire remonter.

La Marseillaise. Ne faut-il pas travailler les classes populaires qui, pour des raisons souvent financières, ne se sentent pas concernées par ces problématiques volontiers qualifiées de « BO-BO » ?

André Chassaigne. Il faut effectivement faire œuvre de pédagogie, comme on aime à le dire : éveiller les consciences. D’autant que ces classes populaires sont les premières victimes des dérives écologiques. Ce sont eux qui vivent dans des appartements mal isolés et subissent des charges énergétiques énormes ; eux qui vivent dans les banlieues et sont condamnés à une voiture chère et polluante.

Ceci posé, notre nature fait que, nous croyons que ce type d’évolution passe par l’action. Quand des militants s’investissent dans des AMAP pour l’agriculture paysanne, ils font évoluer les consciences. Quand des interventions contre une autoroute portent sur les enjeux environnementaux et ne se cantonnent pas à la défense immédiate de son bout de trottoir, aussi.

Propos recueillis par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 20 juillet 2013)

 

Urgences à Wattrelos : OUI ….. HPST, T2A : NON

Nous reproduisons ci dessous l’article publié sur le blog de l’UD CGT du Nord concernant la lutte menée pour la défense de l’hôpital de Wattrelos, de ses urgences et plus largement de l’accès de tous à des soins de qualité.

Toutefois il nous semble utile de rappeler que, au delà des choix et difficultés de gestion dénoncés par tous, cette situation est la conséquence directe de la Loi HPST dite « Loi Bachelot »  (du nom de l’ex ministre de Sarkozy), de la tarification à l’activité (T2A) et de la très Sarkozyste « RGPP ». Pour le moment ces Lois ne sont toujours pas abrogées et ces politiques ne sont modifiées qu’à la marge. Il nous semble qu’une solution durable aux besoins de soins pour toute la population passe par l’abrogation rapide de laT2A, de la Loi HPST, et la création de postes de travail dans toute les fonctions de l’Hôpital Public. La présence du Député de la 8ème circonscription dans la manifestation serait elle un signe encourageant allant dans ce sens?

Un demi millier de médecins, élus, habitants de Wattrelos à l’appel de la CGT pour garder les urgences…

wattrelos urgences 18 juillet 2013Ce jeudi 18 juillet  2013, malgré la période estivale,  près de 500 personnes, à l’initiative de la CGT, ont manifesté leur opposition à la décision prise par on ne sait pas bien qui, de fermer les urgences de l’hôpital de Wattrelos.

Accompagnée de représentants d’autres organisations syndicales, mais aussi d’élus locaux, d’associations  des usagers, des personnels et de la communauté médicale, de la population, la CGT a exprimé  son total désaccord  à la fermeture programmée des urgences de l’hôpital.

Sans aucune concertation, de façon unilatérale, l’organisation de la continuité des soins est mise en cause. Est programmée, dans un premier temps  la suppression de l’accueil des urgences de 18H à 9h du matin, puis à compter de janvier 2014 la disparition définitive de cet accueil.

Cette fermeture s’inscrit dans une logique nationale de réduction de l’offre sanitaire, comme c’est le cas aujourd’hui  entre autres à l’hôpital de l’Hôtel Dieu de l’Assistance Publique de Paris où une mobilisation sans faille refuse de se voir décapité aussi de ses urgences.

Au-delà de la non réponse aux besoins de la population nécessitant des soins urgents, se profile la disparition des autres services : médecine, radio, Soins Continus Polyvalents etc, ce qui traduit la volonté de la fermeture totale de cet établissement hospitalier public de proximité couvrant 66 000 habitants et accueillant 15000 patients.

A-t-on réfléchi aux conséquences pour les populations socialement isolées ?

Quelles seront les dégâts sanitaires d’une telle sentence?

Avec qui a été prise cette décision ?

Après avoir défilé dans les rues de la ville, les différents acteurs se sont réunis pour décider collectivement des suites à donner à cette forte mobilisation. Une motion a été décidée unanimement, après échanges avec les participants :

• Demandant  le maintien des urgences, 

• pointant les dysfonctionnements y compris en terme de gouvernance de la Communauté Hospitalière de Territoire (CHT) de Roubaix-Tourcoing-Wattrelos

• exigeant de l’Agence Régionale de Santé une réunion extraordinaire du bureau de cette CHT en associant les représentants élus des salariés pour qu’enfin un dialogue ait lieu et que des alternatives à la mort programmée de l’hôpital de Wattrelos soient trouvées et décidées avec tous les acteurs légitimes.

La CGT continuera à amplifier la mobilisation, elle a par ailleurs déjà recueilli plus de 3 270 pétitions.

RGPP, MAP, acte 3 de la décentralisation, l’ancien ministre Anicet Le Pors fait le point

Anicet Le Pors : « Défendons la conception d’un fonctionnaire-citoyen »

ENTRETIEN. Trente ans après la loi de 1983 sur le statut général des fonctionnaires, l’ancien ministre communiste de la Fonction publique (1981-1984) revient sur les multiples régressions et met l’accent sur la nécessité de redéfinir les valeurs du statut.

On fête cette année le 30e anniversaire du Statut Général des fonctionnaires dont vous avez été l’incontournable artisan. Pouvez-nous nous rappeler la lettre et l’esprit de ce statut ?

Anicet Le Pors. Il faut remettre les choses dans une perspective historique. En rappelant déjà qu’en 1946, dans l’esprit du CNR (Conseil national de la Résistance), un ministre d’État communiste, vice-Président du Conseil, à savoir Maurice Thorez, a dirigé l’élaboration du statut démocratique fondateur de la conception française de la fonction publique. Ce statut était très novateur et organisait le classement des fonctionnaires en fonction de leurs qualifications, il définissait le système des rémunérations, il prévoyait également un régime spécial de sécurité sociale et de retraites pour les fonctionnaires. Il concernait alors 900 000 fonctionnaires. 37 ans plus tard, en 1983, alors ministre communiste de la fonction publique, j’ai réintégré dans le statut ce qu’une ordonnance de 1959, au moment de l’avènement de la Ve République, avait mis en dehors. Ce statut a réintégré également des éléments de jurisprudence de manière à le consolider. Par exemple la liberté d’opinion, le droit de grève, la capacité de négociation reconnue aux organisations syndicales. Surtout cette initiative a étendu le statut aux agents des collectivités territoriales et aux agents des établissements publics hospitaliers et de recherche. Dorénavant le statut couvre 5,3 millions de personnes, soit 20% de la population active. C’est un fait exceptionnel dans le monde. 20% de la population qui a donc la garantie de l’emploi, la crise a d’ailleurs montré que les agents publics, auxquels il faut ajouter les salariés des entreprises publiques (EDF, SNCF…) ont constitué un puissant « amortisseur social » face à la crise. C’est un atout considérable. Ces choix et réflexions politiques opérés en faveur du service public participent pleinement de l’identité du Parti communiste français eu égard aux ministres qui y ont contribué.

 

rgppLa RGGP, la MAP, l’acte 3 de la décentralisation… tous ces grands chantiers prétendent moderniser l’action publique. Que pensez-vous de ces évolutions des services publics engagées sous un gouvernement de droite puis prolongées, sous une autre forme, sous la gauche ?
Anicet Le Pors. Il faut distinguer strictement deux domaines. Il y a le domaine statutaire d’une part, le domaine financier de l’autre.  En ce qui concerne le domaine statutaire je rappelle qu’en 2007, Nicolas Sarkozy avait annoncé une « révolution culturelle » dans la fonction publique. Elle consistait essentiellement à mettre sur un plan d’égalité l’entrée dans la fonction publique par concours et l’entrée par contrat. Il s’agissait de généraliser dans la fonction publique le contrat de droit privé conclu « de gré à gré » selon sa propre expression. Il a échoué avec la crise qui a montré la fonction d’amortisseur social dont je viens de parler et parce que l’opinion publique reste fondamentalement attachée à la fonction publique en France. Du point de vue statutaire donc, il n’est plus question de remettre en cause ce statut. Il faut considérer comme positif le fait que le gouvernement actuel ait jeudi dernier, par la tenue d’un colloque, fêté le 30e  anniversaire du statut général des fonctionnaires. On est donc pour l’instant épargné de sa remise en cause, même partielle. Si bien que du point de vue statutaire, le climat est très différent entre 2007 et 2013.rgpp manif

Examinons maintenant le point de vue financier. Sous Sarkozy il y a eu la LOLF, puis la RGPP, démarche aveugle et irrationnelle. Elle était purement financière et a porté gravement atteinte aux services publics dans notre pays. Aujourd’hui, le gouvernement annonce la MAP (modernisation de l’action publique). Pour le moment, on n’en sait pas grand chose si ce n’est qu’il faut malgré tout lui associer des réductions de crédits considérables, une réduction des dotations aux collectivités territoriales, des difficultés aggravées dans le secteur hospitalier et un gel des rémunérations des fonctionnaires. Tout cela ne peut pas manquer de porter gravement atteinte à l’exercice des services publics. Cette partie financière nourrit les plus grandes inquiétudes. Même si ce projet se met à peine en route, ce qu’on en sait légitime qu’on soit très inquiet quant aux moyens alloués aux services publics dans les années qui viennent. La MAP, si c’est un objet économique non identifié et donc incertain, n’est pourtant pas à confondre avec la RGPP. Concernant l’acte 3 de la décentralisation version Hollande, on peut aussi craindre qu’il s’inscrive trop dans la continuité de l’acte 3, version Sarkozy. Cependant rien n’est accompli, il y a énormément d’hésitations de ce gouvernement, sur ce sujet comme d’autres, en atteste la décision de découper en trois un projet de loi primitif qui couvrait l’ensemble des domaines. Il est difficile de savoir ce qui sera finalement mis en œuvre.

Sarkozy s’est attaqué à toutes les administrations que j’appelle « rationalisantes ». Déjà avait été supprimée la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale), le Commissariat général du Plan ; Sarkozy a poursuivi avec le Conseil national d’évaluation, le Haut conseil des entreprises publiques comme celui des relations internationales. Tout ce qui relevait des administrations de contrôle et de rationalisation a été mis à bas par la RGPP. Certaines organisations visant à la rationalisation de l’action publique semblent ressuscitées, je me félicite par exemple de la création d’un Commissariat général à la stratégie et la prospective. Mais méfions-nous que cette volonté de rationalisation ne soit pas un trompe l’œil, si dans le même mouvement on se laisse solliciter dans la pratique par les règles du libéralisme. C’est cette contradiction paralysante qui menace le gouvernement.

j'étais fonctionnaireCompte tenu des attaques régulières dont il fait l’objet, quel avenir imaginez-vous pour le statut général des fonctionnaires ?
Anicet Le Pors. Je n’ai jamais rencontré un fonctionnaire qui regrette dans la pratique les mesures prises en 1983. Tous les syndicats se félicitent de cette construction statutaire unique dans le monde qui est suffisamment équilibrée pour affirmer une unité de principes et une diversité des fonctions. Le statut est constitué de quatre lois, la première affirme les principes communs, les trois autres déclinent les spécificités de chaque fonction publique. Il y a, sur cette architecture statutaire, une forme de consensus républicain. Pourtant depuis 1983, il a été attaqué de toute part. Ces modifications sont un véritable enjeu politique. La loi Galland du 13 juillet 1987 a rétabli dans la fonction publique territoriale un système de « reçus-collés » qui fait qu’à l’issue du concours, on est classé par ordre alphabétique et non au mérite. Celui qui a le mieux réussi n’est ainsi pas sûr d’être nommé. Cela laisse une grande place à l’arbitraire pour ceux qui ont le pouvoir de nomination
En outre, toute une série de distorsions ont été opérées à travers 210 modifications législatives de ce statut. La multitude de ces atteintes a été récemment qualifiée de « transformations souterraines » par Christian Vigouroux, membre du Conseil d’État. Il attire l’attention sur le fait que si on ne revenait pas sur ces atteintes, si on poursuivait des modifications non fondées, on pouvait arriver, la chose est déjà engagée,  à une « dénaturation d’ensemble ». Le défi consiste donc à débarrasser le statut de ces régressions successives qui ont été introduites. J’appelle cela un besoin d’«assainissement », immédiatement applicable puisqu’il ne coûte rien.
Très souvent, quand un gouvernement de droite succède à un gouvernement de gauche il n’hésite pas à défaire les acquis sociaux ; quand c’est l’inverse, la gauche gouvernementale ne touche souvent à rien, autrement  dit elle consacre ce que la droite a fait. C’est une question de courage politique, courage qui doit aussi passer par l’identification de mesures structurelles, des grands axes de développement de la fonction publique du 21e siècle. Je pense à la gestion prévisionnelle à long terme des effectifs, l’amélioration de l’accès pour les femmes aux emplois supérieurs, une traduction effective de la mobilité (garantie fondamentale), la possibilité de changer de fonction en cours de carrière, etc.

 

Vous dénoncez régulièrement le lieu commun qui voudrait que les fonctionnaires soient des privilégiés. Vous proposez à cet effet d’utiliser un autre prisme de lecture dans la manière d’analyser les différences statutaires. Pouvez-vous nous préciser ce renversement  « culturel »?
Anicet Le Pors. Cela est encore insolite (bien que proche de certaines propositions de la CGT), mais je pense qu’au lieu de tirer les fonctionnaires vers le privé et ses conventions, la bonne solution serait plutôt de renforcer la base législative de tout ce qui peut sécuriser l’emploi dans le secteur privé. J’avance l’idée d’un statut du travailleur salarié du secteur privé qui élèverait la sécurité dans la continuité de leur vie professionnelle. Il faut que les personnels à statuts s’occupent de ceux qui ne sont régis que par des contrats collectifs ou individuels. La « révolution culturelle » que je souhaite défend l’idée que ce qui est normal ce n’est pas la précarité du privé, mais la garantie d’une vie sécurisée qui permet la liberté. Si on ne fait rien on va dériver vers ce qui est en vigueur dans le privé, mais ce n’est pas cela le progrès, il faut mettre en pièce ce raisonnement. Opposer à cette logique d’autres armes idéologiques.  Celles des valeurs du service public et de la fonction publique fondées sur trois principes. Premièrement un principe d’égalité par référence à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui a pour traduction d’entrer par concours dans la fonction publique. Deuxièmement le principe d’indépendance faisant que le fonctionnaire doit être propriétaire de son grade, ce qui le met à l’abri des pressions politiques, économiques et de l’arbitraire administratif, garanties de sa neutralité face à l’usager. Enfin le troisième principe est celui de la responsabilité selon lequel le fonctionnaire doit avoir tous les attributs de la citoyenneté française, qui entraîne qu’il doit rendre compte à la nation de l’exercice de sa mission conformément à l’article 15 de la Déclaration des droits. Ces 3 principes essentiels forment pour moi la conception du fonctionnaire-citoyen que j’oppose à la conception du fonctionnaire-sujet.  Il peut disposer, à ces conditions, des mêmes droits et devoirs que l’ensemble des citoyens. Contrairement à l’Allemagne ou, par exemple, les fonctionnaires ne disposent pas du droit de grève.

Henri Alleg , un homme libre Franco-Algérien nous a quitté.

« Le meilleur hommage que pourrait lui rendre l’Etat français serait de reconnaitre officiellement la torture en Algérie », estime Patrick Le Hyaric, dans l’édito de l’Humanité de ce vendredi.

Nous pleurons un ami très cher, 
un camarade, un combattant 
de la liberté, un homme aux grandes qualités humaines, à l’exquise bonté: Henri Alleg rescapé de l’enfer 
de la torture des colonialistes français. Il portait en lui, avec ses yeux rieurs et doux, une telle fraternité! La vie 
du jeune Harry Salem aura été celle d’un citoyen 
du monde. Né à Londres dans une famille de juifs russe 
et polonais qui ont fui les pogroms pour s’installer 
en France. Puis, à l’automne 1939, il opte pour l’Algérie alors que le fascisme déploie ses hideuses tentacules 
sur l’Europe. C’est au nom de cette ouverture à un monde, à une Algérie débarrassée de toute domination 
de classe et de race qu’il exècre le colonialisme.

Dès son installation dans cette Algérie « française », 
monte en lui le refus de cette frontière, certes invisible mais bien réelle, qui sépare le monde des européens, citoyens français, et celui des Algériens, étrangers dans leur pays. La violence de cette injustice raciale lui ouvre le chemin 
du militantisme à la jeunesse communiste clandestine, 
puis au Parti communiste algérien.

Puisque la libération de l’Europe du nazisme ne libère pas l’Algérie de la domination et de la colonisation française, Harry, devenu Henri Alleg, fait de sa plume acérée une arme de combat dans les années cinquante pour une Algérie libérée du racisme et de l’oppression du colonialisme. Devenu directeur de Alger Républicain, maintes fois saisi et censuré, puis interdit, Henri Alleg est contraint à la clandestinité, puis arrêté. C’est l’Humanité alors qui publie ses articles. C’est notre journal encore, 
au prix de censures et de saisies, comme le 30 juillet 1957, qui publie le récit glaçant des scènes de torture qu’il subit, écrit du fond de sa prison. Son livre, la Question, était né, dont le retentissement fit l’effet d’une bombe. Depuis très longtemps, entre l’Humanité et Henri Alleg, tout n’est que complicité, amitié, respect. Il en devint 
un journaliste reconnu, puis son secrétaire général 
de nombreuses années.

Il y restera toujours très attaché, participant à 
nos publications, aux débats des Fêtes de l’Humanité, et à de nombreuses initiatives de l’Association des amis 
de l’Humanité. Jamais il n’aura baissé la garde dans 
le combat pour la vérité, la justice et la paix. Henri était tout à la fois un militant communiste, un journaliste 
et un écrivain qui nous laisse une belle œuvre. Au cours de l’année 2000, il signera l’appel dit des «douze» 
«pour la reconnaissance par l’état français de la torture», aux côtés de Germaine Tillion, auquel l’Humanité 
avec Charles Sylvestre, donnera un grand écho.

Le peuple et le mouvement progressiste algérien perdent un grand ami, un grand combattant de sa cause, de celle de la liberté et de l’anti-racisme. 
Le meilleur hommage que pourrait lui rendre aujourd’hui même l’état français serait de reconnaître enfin officiellement la torture en Algérie et les crimes de guerre. Ce serait aussi d’ouvrir les archives pour qu’éclate 
la vérité sur le sort du jeune mathématicien communiste Maurice Audin, arrêté la veille de l’arrestation de Henri Alleg. L’Humanité et ses amis perdent un camarade « engagé » qui jusqu’au bout aura poursuivi sa quête d’un monde « de femmes et d’hommes libres, égaux et associés » qu’il identifiait au communisme. Ses combats d’une brûlante actualité resteront les nôtres.