Henri Alleg , un homme libre Franco-Algérien nous a quitté.

« Le meilleur hommage que pourrait lui rendre l’Etat français serait de reconnaitre officiellement la torture en Algérie », estime Patrick Le Hyaric, dans l’édito de l’Humanité de ce vendredi.

Nous pleurons un ami très cher, 
un camarade, un combattant 
de la liberté, un homme aux grandes qualités humaines, à l’exquise bonté: Henri Alleg rescapé de l’enfer 
de la torture des colonialistes français. Il portait en lui, avec ses yeux rieurs et doux, une telle fraternité! La vie 
du jeune Harry Salem aura été celle d’un citoyen 
du monde. Né à Londres dans une famille de juifs russe 
et polonais qui ont fui les pogroms pour s’installer 
en France. Puis, à l’automne 1939, il opte pour l’Algérie alors que le fascisme déploie ses hideuses tentacules 
sur l’Europe. C’est au nom de cette ouverture à un monde, à une Algérie débarrassée de toute domination 
de classe et de race qu’il exècre le colonialisme.

Dès son installation dans cette Algérie « française », 
monte en lui le refus de cette frontière, certes invisible mais bien réelle, qui sépare le monde des européens, citoyens français, et celui des Algériens, étrangers dans leur pays. La violence de cette injustice raciale lui ouvre le chemin 
du militantisme à la jeunesse communiste clandestine, 
puis au Parti communiste algérien.

Puisque la libération de l’Europe du nazisme ne libère pas l’Algérie de la domination et de la colonisation française, Harry, devenu Henri Alleg, fait de sa plume acérée une arme de combat dans les années cinquante pour une Algérie libérée du racisme et de l’oppression du colonialisme. Devenu directeur de Alger Républicain, maintes fois saisi et censuré, puis interdit, Henri Alleg est contraint à la clandestinité, puis arrêté. C’est l’Humanité alors qui publie ses articles. C’est notre journal encore, 
au prix de censures et de saisies, comme le 30 juillet 1957, qui publie le récit glaçant des scènes de torture qu’il subit, écrit du fond de sa prison. Son livre, la Question, était né, dont le retentissement fit l’effet d’une bombe. Depuis très longtemps, entre l’Humanité et Henri Alleg, tout n’est que complicité, amitié, respect. Il en devint 
un journaliste reconnu, puis son secrétaire général 
de nombreuses années.

Il y restera toujours très attaché, participant à 
nos publications, aux débats des Fêtes de l’Humanité, et à de nombreuses initiatives de l’Association des amis 
de l’Humanité. Jamais il n’aura baissé la garde dans 
le combat pour la vérité, la justice et la paix. Henri était tout à la fois un militant communiste, un journaliste 
et un écrivain qui nous laisse une belle œuvre. Au cours de l’année 2000, il signera l’appel dit des «douze» 
«pour la reconnaissance par l’état français de la torture», aux côtés de Germaine Tillion, auquel l’Humanité 
avec Charles Sylvestre, donnera un grand écho.

Le peuple et le mouvement progressiste algérien perdent un grand ami, un grand combattant de sa cause, de celle de la liberté et de l’anti-racisme. 
Le meilleur hommage que pourrait lui rendre aujourd’hui même l’état français serait de reconnaître enfin officiellement la torture en Algérie et les crimes de guerre. Ce serait aussi d’ouvrir les archives pour qu’éclate 
la vérité sur le sort du jeune mathématicien communiste Maurice Audin, arrêté la veille de l’arrestation de Henri Alleg. L’Humanité et ses amis perdent un camarade « engagé » qui jusqu’au bout aura poursuivi sa quête d’un monde « de femmes et d’hommes libres, égaux et associés » qu’il identifiait au communisme. Ses combats d’une brûlante actualité resteront les nôtres.

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