Category Archives: Histoire sociale

Un prix Goncourt qui lève le voile sur la complicité entre les capitalistes et Hitler. Le passé? Pas seulement… Bravo!

Nous reprenons ici le bel article publié par le site « La Faute à Diderot »
La cordée des 24
Philippe Pivion a lu « L’ordre du jour » d’Éric Vuillard, prix Goncourt

Un livre épatant ! Ce n’est pas parce qu’il est reconnu par l’académie Goncourt que j’écris cela, peu me chaut (du verbe chaloir) – je m’en fous en langage populaire – mais parce que le fond et la forme du travail de Vuillard sont importants, voire imposants.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur cet ouvrage, je m’en tiendrai donc à mon approche personnelle.

C’est le récit historique de l’Anschluss et des engagements financiers qui permirent à Hitler et sa clique de s’emparer du pouvoir. A trop lire les livres véhiculant une histoire aseptisée du 20ème siècle, on pourrait croire qu’un peuple aveugle et imbécile ait porté sur les marches du pouvoir absolu un fou et ses sbires.

Il n’en est rien et Vuillard le démontre avec brio.

C’est une collusion entre les barons de l’industrie et de la finance et les nazis qui permit leur triomphe. L’asservissement des ouvriers, l’anéantissement des syndicats, la mise à bas de la démocrassouille, la fin du parlementarisme, l’interdiction du Parti Communiste puis de tous les opposants, la liberté absolue d’exploitation ne pouvaient que brosser dans le sens du poil les Krupp, Thyssen et 22 autres dont les noms sont peu évocateurs, sauf quand on annonce qu’ils représentent, outre Krupp et Thyssen, BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken notamment. Et c’est ce grand capital, appelons un chat un chat, qui financera les délires nationaux racistes d’Hitler. Le décor est campé. Reste aux personnages de jouer leur partition.

Vuillard se concentre sur l’Anschluss, et de quelle manière ! S’appuyant sur une recherche imposante, il décortique les pleutreries d’un dictateur au petit pied, Schuschnigg, chancelier d’Autriche. Il passe à la loupe l’armée d’opérette de la nouvelle Wehrmacht, – oubliant au passage que ses mésaventures autrichiennes sont une répétition et que tous les correctifs seront apportés dans les meilleurs délais. Ainsi il n’y aura plus jamais de panne gigantesque dès l’invasion de la Tchécoslovaquie 6 mois plus tard sans aller au-delà – il scrute les errances – ne sont-elles que des errances ? – de Chamberlain et de Lord Halifax. Il démontre le caractère retors de Ribbentrop sous un habit de tennisman. Et il nous conduit dans des pages hallucinées vers le gouffre de l’Histoire.

Un court, très court passage nous renvoie à la responsabilité de la France. Malgré un ambassadeur lucide et pugnace, Gabriel Puaux, la France est aux abonnés absents.

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Pire pour éviter de se positionner, le gouvernement démissionne le 10 mars au prétexte de ne pas obtenir les pleins pouvoirs financiers… laissant les mains libres à Hitler pour son invasion. Il dira d’ailleurs qu’il ne pouvait remettre cette annexion : « après il sera trop tard ». Oui, tous les dirigeants calfeutrés dans leur bassesse glacée peuvent dire la même chose. Personne n’agit alors qu’il était encore temps de le faire !

Éric Vuillard nous sert une écriture comme je les aime. Une pâte, une force du verbe, une densité de l’écrit qui nous ravit. Les mots sont recherchés, les phrases sont burinées, le rythme est faussement léger. Cela m’a fait penser à Jean Echenoz avec son « 14 ». De la belle ouvrage ! Son texte est hyperbolique, commencé par le soleil, le cœur, et l’absence de chant d’oiseaux il se termine par le pourboire ravalé aux miettes pour, justement, les oiseaux. C’est une grâce. Dirons-nous que Vuillard est un drôle de zoziau, certes non, mais son texte est une audace.

Et puis, mine de rien, traitant de mécanismes vieux de 80 ans, il démontre leur actualité tragique : « Ne croyons pas que tout cela appartienne à un lointain passé. Ce ne sont pas (les 24 barons d’industrie et de la finance du début du livre) des monstres antédiluviens, créatures piteusement disparues dans les années cinquante, sous la misère peinte par Rossellini, emportées dans les ruines de Berlin. Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses. »

Ce ne sont pas les révélations des Paradise Papers qui nous feront dire le contraire. Un député criait : « révélations, indignation…, exonération ». Ce n’est pas ce à quoi nous invite Vuillard, il raconte l’Histoire afin de guérir ses bégaiements et c’est salutaire.

Bon après ces éloges, un regret : la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen a immédiatement félicité l’auteur pour le prix qui venait de lui être décerné. Normal. Mais, celle-ci est justement actionnaire à 95% des éditions Actes Sud… Ce serait chouette si elle faisait un don aux œuvres…

Ah ! je pense que ce livre édité en mai 2017 a été lu par Macron, oui, le président. Vuillard parlant des 24 barons écrit : « J’ignore qui était le premier de cordée, et peu importe au fond… ». Nous ne lui jetterons pas la pierre !

L’ordre du jour d’Éric Vuillard, éditions Actes Sud.

Philippe Pivion est l’auteur, notamment du roman Le livre des trahisons, paru aux éditions Cherche midi, qui aborde la même période.

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Le Droit à la dignité pour les gueules noires de 1948

Le droit à la dignité !

Le 5 octobre 1948, dans tous les bassins houillers, les « gueules noires » cessèrent le travail pour s’opposer aux mesures gouvernementales remettant en cause des acquis obtenus de haute lutte durant les combats de la Résistance et les batailles de la Libération.
Cette grève fut décidée après un vote à bulletin secret et l’accord de plus de 90% des mineurs.
En 1946,  pour la première fois, le droit de grève est inscrit dans la Constitution. Pourtant, les gouvernements SFIO de Ramadier, Moch et Lacoste dénoncent les grévistes, les stigmatisent violemment, les accusant de mener la France à la guerre civile.
Tout est bon pour ne pas répondre aux revendications de ces hommes pour les opposer les uns aux autres, pour affaiblir voire détruire leur principale organisation syndicale, la CGT.
La grève dura pourtant huit semaines, la répression fut terrible : six morts, des milliers de mineurs emprisonnés, des centaines de licenciés. Certains mineurs, porteurs des valeurs républicaines de la Résistance, avaient reçu des titres militaires pour leurs héroïques combats face à l’occupant et face au gouvernement d’extrême droite de Pétain. Ils furent honteusement dégradés.

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La délégation des mineurs à l’Elysée, accompagnée par Jean-Jacques Candelier, député PCF, Marc Dolez député Front de Gauche, Pierre Outteryck, historien et Président de l’Association Paul Eluard Roubaix.

Depuis bientôt 70 ans, ces hommes et leurs familles se battent pour retrouver leur dignité, leurs droits face à cette discrimination.
En 2014, le Parlement reconnaissait l’injustice dont ils avaient été victimes.
Mme Taubira, Garde des Sceaux, à l’époque, crée une commission appelée « commission Norbert Gilmez » du nom de l’un de ces hommes.
Christian Champiré, Maire de Grenay, en est le président.
Ce mercredi 28 septembre 2016, le Président de la République et le gouvernement, ont décidé une première mesure, certes symbolique mais combien importante : elle remet en cause fondamentalement les décisions prises par les gouvernants de 1948 : les mineurs dégradés retrouveront, certains à titre posthume, leur grade acquis dans les combats de la Résistance et de la Libération.
Ce n’est qu’un premier pas : le gouvernement, comme le veut la loi de 2014, doit procéder aux indemnités financières dues à ces hommes et à leurs familles, et à la mise en lumière des valeurs portées par ces hommes durant la Résistance, ces ouvriers défenseurs des idéaux républicains, d’une France démocratique et libre, refusant la xénophobie, le racisme et défendant la justice sociale et la paix.

Association CRIS
Dominique Belmer
Pierre Outteryck, membre de la commission Norbert Gilmez
Co-président de CRIS
166 rdc Avenue de Bretagne / 59000 Lille
T/ 06 75 68 59 61
C/ associationcris@orange.fr

La Révolution Française, Robespierre conférence de Henri Guillemin

Zineb et Bouna : Une relaxe dans un naufrage judiciaire et social

Communiqué du MRAP :  logomrap

Une relaxe dans un naufrage judiciaire et social

Le tribunal correctionnel de Rennes a relaxé les policiers impliqués dans les événements dramatiques de Clichy-sous-Bois en 2005.

Le 27 octobre 2005, poursuivis pas des policiers de la BAC,  Zyeb Benna et Bouna Traoré, deux adolescents de la ville étaient morts dans un transformateur EDF.

La relaxe est un immense échec ; elle plonge des familles dans le désarroi et laisse planer un profond sentiment d’injustice dès lors que la police elle-même dans le rapport de l’IGS remis au juge de Bobigny, concluait qu’il y avait bien eu une poursuite et estimait que les policiers avaient fait preuve d’une « légèreté et d’une distraction surprenantes« . Le rapport mentionnait aussi que « L’urgence aurait voulu que soient appelés les services d’EDF« .

Mais au-delà des responsabilités individuelles de policiers, des questions sont posées qui restent sans réponse de la part de l’État : pourquoi des jeunes qui n’ont rien à se reprocher prennent la fuite dans la panique lorsqu’ils voient un policier.

Quelle image ces enfants sans problèmes avaient-ils de la police pour avoir une telle frayeur ;  leur imprudence n’est qu’une conséquence de cette peur qui reste la cause première du drame.

N’y a-t-il pas dans les rapports entre la police et les jeunes des quartiers populaires une terrible fracture entretenue par les contrôles au faciès, les descentes policières spectaculaires là où il y aurait tant besoin d’une police de proximité qui restaurerait la confiance.

Dans les quartiers socialement moins défavorisés, la peur de la police n’est pas la même, elle n’engendre pas les mêmes paniques. Il l y a bien une discrimination spatiale dans les rapports entre la police et les habitants des quartiers populaires, et cette discrimination tant qu’elle perdurera rendra illusoire toute référence aux valeurs républicaines auprès des jeunes de ces quartiers populaires.

Ce procès aurait dû être l’occasion de reconnaître la responsabilité de l’institution, les fonctionnaires n’étant que les exécutants de cette institution.

La relaxe révèle que l’État n’a rien appris du drame de 2005 malgré le rapport précis de l’IGS

Mais avant cette relaxe, le refus du gouvernent d’instaurer le récépissé lors des contrôles policiers procédait de la même méconnaissance des enjeux. Il y avait pourtant là un moyen de restaurer une partie de la confiance perdue.

Il est déjà très tard, mais peut-être pas trop tard pour surmonter ce naufrage judiciaire et social, à condition de lancer très rapidement un grand débat concernant les rapports entre police et jeunesse des quartiers populaires et au-delà de poser le problème de l’inacceptable discrimination spatiale dont sont victimes ces quartiers  et en tout premier lieu leur jeunesse.

Paris, le 19 mai 2015

 

70ième anniversaire du 8 Mai 1945 : « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » par le Mouvement de la Paix

mouvementPaix70ième anniversaire du 8 Mai 1945 :
« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde »
Le 8 mai 45 représente d’abord la victoire sur le nazisme.

Cette victoire engendrera au plan international une dynamique favorable à la paix avec l’adoption de la Charte des Nations Unies et la création de l’ONU et au plan national une dynamique favorable à la Paix, à la justice sociale et au développement de réformes démocratiques autour du programme « les jours heureux » du CNR.
Mais hélas, le 8 mai 1945 ce fut aussi, avec les massacres de Sétif, le début d’une période qui sera marquée par des guerres et des crimes imputables au colonialisme qui refusa à de nombreux peuples la satisfaction de leurs légitimes aspirations à l’indépendance et à la justice.

En Europe, des peuples durent supporter de longues années encore des dictatures alliées de Hitler, en Espagne avec Franco et au Portugal avec Salazar.
Aujourd’hui la crise économique, sociale et morale que connaît le monde entier en raison de la domination de logiques financières, pousse les peuples à l’affrontement à travers une mise en concurrence effrénée. Ces logiques qui s’expriment au plan économique mais aussi militaire plongent des régions entières de la planète dans des guerres et des violences, mais elles sont aussi la cause de la résurgence des idéologies fascisantes.

La vigilance est de mise. Si nous pouvons toujours rêver à « des jours heureux », car le monde est toujours riche en aspirations et en potentialités de la part de tous les peuples, il n’empêche qu’en France et dans de trop nombreux pays, la réapparition du spectre de l’extrême droite et de ses idéologies fascisantes et racistes peut nous faire craindre le pire.
Plus que jamais nous devons entendre les paroles de Bertolt Brecht écrivant : « le ventre est toujours fécond d’où est sortie la bête immonde ».
La paix est en effet une construction politique permanente dont le cadre est constitué par la Charte des Nations
Unies dont nous fêtons cette année le 70ième anniversaire.
Dans ce contexte, la France se doit d’honorer par une participation de haut niveau aux cérémonies commémoratives
dans toutes les capitales des grands pays alliés dans la victoire sur le nazisme.
Que le 8 mai 2015 soit pour chacun d’entre nous l’occasion d’une réflexion sur les conditions de la construction d’une
paix basée sur le respect de l’ensemble des droits humains, mais aussi sur la nécessité
de son engagement
personnel dans cette construction d’une culture de la paix et de la non-violence, plus que jamais à l’ordre du jour.
Le Mouvement de la Paix
Le 7 mai 2015

Contact :
Roland Nivet : roland.nivet@mvtpaix.org