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L’œuvre négative du colonialisme français à Mayotte : Un îlot de pauvreté dans un océan de misère

Le blog de Saïd Bouamama

Saïd Bouamama

L’idée que le colonialisme est une affaire du passé est fréquente dans le débat médiatique et politique. Des polémiques peuvent surgir sur « l’œuvre positive » ou au contraire sur le caractère de « crime contre l’humanité » de ce colonialisme mais elles concernent des séquences historiques du passé. Le mouvement social qui secoue Mayotte depuis plus de quatre semaines rappelle que le colonialisme français est encore une réalité contemporaine.

Rappelons que sur les 17 « territoires non autonomes » c’est-à-dire que les Nations-Unies considèrent comme devant être décolonisés, deux (la Kanaky et la Polynésie) sont occupés par la France. L’île de Mayotte pour sa part est considérée comme partie intégrante des Comores par la résolution 3385 du 12 novembre 1975 de l’assemblée générale des Nations Unies qui énonce : « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la grande-Comore, de Mayotte et de Mohél »…

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Salah Hamouri, Ahed Tamimi : la lutte pacifique des jeunes Palestiniens fait peur à l’État d’Israël

L’une a fêté son 17e anniversaire en prison pour avoir giflé le soldat israélien qui avait défiguré son cousin et sera jugée ce 13 février. L’autre est un jeune avocat Franco-Palestinien arrêté au lendemain de l’obtention de son diplôme d’avocat.
Pierre Barbancey,  grand reporter de l’Humanité, analyse dans notre interview la situation de 7 000 prisonniers palestiniens et 350 enfants (de moins de 18 ans). Devant l’absence de résultats des luttes précédentes, armées comme diplomatiques, cette jeunesse palestinienne penche pour un combat démocratique et pacifique, ce qui semble faire peur à l’État  d’Israël… Réalisation : Abrahim Saravaki

https://www.humanite.fr/videos/salah-hamouri-ahed-tamimi-la-lutte-pacifique-des-jeunes-palestiniens-fait-peur-letat-disrael

La stratégie du choc pour casser les lycées, museler la jeunesse et baisser les salaires

Par Philippe Boursier, le 1er février 2018,    Article diffusé par la Fondation Copernic.


Le démantèlement du bac et la disparition des filières au lycée visent à réduire encore les dépenses publiques consacrées à l’Education et à créer de nouveaux marchés tournés vers les familles solvables, du marché du coaching en orientation à celui des formations payantes de l’enseignement supérieur, en passant par celui du prêt étudiant. La cause est entendue : depuis une trentaine d’années les gouvernements libéraux s’attachent avec constance à défaire l’Etat social et à frayer une voie à l’expansion du capital. Mais la vague des contre-réformes qui frappe l’enseignement secondaire et supérieur – largement inspirées par le Medef et par les cercles de réflexion libéraux qui sont à sa main – procède d’une
stratégie du choc qui a une visée plus large et moins immédiatement visible : baisser les salaires dans les entreprises comme dans les administrations et assujettir plus encore la force de travail à la volonté de ceux et celles qui en extraient du profit.

Il s’agit d’abord de baisser les salaires concédés aux enseignant.e.s des lycées. La semestrialisation de l’emploi du temps des élèves et l’annualisation des services programmés par le rapport Mathiot, allongent le temps de travail effectif des professeur.e.s sur l’année – tout en réduisant le nombre d’heures supplémentaires comptabilisées – entraînant ainsi une baisse des salaires horaires réellement perçus. Dans le même temps, la contraction des horaires des disciplines enseignées, a pour effet d’augmenter le nombre de groupes, et donc d’élèves, suivis par chaque enseignant.e et d’alourdir les tâches qui doivent être accomplies et la charge mentale qu’elles génèrent. lyceéns

La baisse des salaires des enseignant.e.s est également induite par l’effondrement des postes aux concours – la baisse est de 35 % pour les postes aux concours externes 2018 du second degré ! – et par le recours aux salarié.e.s précaires qui s’ensuivra. Pour tenir son engagement de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires sur le quinquennat « l’exécutif souhaite étendre «largement» dans la fonction publique le recours aux contractuels ne bénéficiant pas de l’emploi à vie, et développer davantage la rémunération au «mérite». »   Réduire le nombre de titulaires dans l’éducation participe donc bien d’une vaste offensive contre l’emploi stable – et le plus souvent l’emploi stable des femmes –  visant à défaire le statut de fonctionnaire et à détériorer le rapport de forces entre les salarié.e.s stables et le patronat.

Dans le même temps, la fermeture de l’accès à l’université déstabilise aussi les étudiant.e.s  d’origine populaire qui occupent des emplois précaires pour financer leurs études. En les privant des protections que procure le statut d’étudiant, on réduit leurs marges de jeu dans la négociation pour mieux les contraindre à accepter des conditions d’embauche et de rémunération toujours plus dégradées.  Les projets de réforme qui se dessinent du côté des lycées professionnels procèdent d’ailleurs également d’une même volonté de domestiquer la jeunesse des classes populaires puisque le gouvernement prévoit simultanément d’étendre la précarité en encourageant l’apprentissage et d’assujettir les filières au bassin d’emploi, c’est-à-dire aux intérêts immédiats du patronat.

Mais la casse du lycée, le démantèlement du bac et la sélection à l’entrée de l’université auraient aussi des effets de pression à la baisse sur l’ensemble des salaires des travailleurs et des travailleuses pour d’autres raisons.  Le niveau des salaires dans le secteur privé comme dans le secteur public, est en partie lié aux qualifications reconnues qui, jusqu’à présent, sont elles-mêmes adossées aux diplômes. S’attaquer au bac c’est remettre en question le principe des diplômes nationaux construits comme des points d’appui collectifs dans la définition des grilles des salaires et faire glisser la négociation salariale à un niveau de plus en plus local et individuel et donc de plus en plus défavorable aux salarié.e.s. Il y a bien longtemps que le patronat rêve de faire éclater la grille des salaires codifiée par les conventions collectives en remplaçant les diplômes certifiés par l’institution scolaire par des compétences validées – à la baisse – par le monde de l’entreprise.

Enfin, l’éviction d’une partie de la jeunesse – et en particulier de ses bachelier.e.s d’origine populaire – de l’université a aussi un arrière-plan politique et stratégique. Les années d’université participent à la construction critique des personnes et sont fréquemment des moments de socialisation à l’action collective. Le monde étudiant, notamment celui qui a des origines sociales dominées, a eu souvent un rôle décisif dans les grandes batailles engagées par les salarié.e.s et leurs organisations syndicales : contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006, contre la casse du système des retraites en 2003 et en 2010, et plus récemment contre la déréglementation du droit du travail. La sélection à l’entrée de l’université poursuit aussi l’objectif inavoué de défaire les pôles de résistance du monde étudiant qui, dans un contexte de massification scolaire et de déclassement d’une partie des diplômé.e.s, sont toujours susceptibles de catalyser les puissantes mobilisations de la jeunesse scolarisée.

Les attaques contre les lycées et l’accès au supérieur font système et participent très clairement des mesures libérales-autoritaires qui frappent les salarié.e.s, de la facilitation des licenciements aux projets punitifs contre les chômeur.euse.s.  À cette stratégie du choc qui espère créer un état de sidération et neutraliser les résistances, nous devons opposer la volonté collective d’assumer pleinement l’affrontement qui vient en fédérant autour d’un intérêt commun salarié.e.s de l’enseignement public secondaire et supérieur, lycéen.ne.s, étudiant.e.s et parents d’élèves. Et puisque l’offensive est conduite conjointement contre le service public d’éducation et contre les salarié.e.s, ce vaste mouvement unitaire doit sceller une alliance durable entre les mobilisations du monde de l’école et celles du monde du travail.

Un prix Goncourt qui lève le voile sur la complicité entre les capitalistes et Hitler. Le passé? Pas seulement… Bravo!

Nous reprenons ici le bel article publié par le site « La Faute à Diderot »
La cordée des 24
Philippe Pivion a lu « L’ordre du jour » d’Éric Vuillard, prix Goncourt

Un livre épatant ! Ce n’est pas parce qu’il est reconnu par l’académie Goncourt que j’écris cela, peu me chaut (du verbe chaloir) – je m’en fous en langage populaire – mais parce que le fond et la forme du travail de Vuillard sont importants, voire imposants.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur cet ouvrage, je m’en tiendrai donc à mon approche personnelle.

C’est le récit historique de l’Anschluss et des engagements financiers qui permirent à Hitler et sa clique de s’emparer du pouvoir. A trop lire les livres véhiculant une histoire aseptisée du 20ème siècle, on pourrait croire qu’un peuple aveugle et imbécile ait porté sur les marches du pouvoir absolu un fou et ses sbires.

Il n’en est rien et Vuillard le démontre avec brio.

C’est une collusion entre les barons de l’industrie et de la finance et les nazis qui permit leur triomphe. L’asservissement des ouvriers, l’anéantissement des syndicats, la mise à bas de la démocrassouille, la fin du parlementarisme, l’interdiction du Parti Communiste puis de tous les opposants, la liberté absolue d’exploitation ne pouvaient que brosser dans le sens du poil les Krupp, Thyssen et 22 autres dont les noms sont peu évocateurs, sauf quand on annonce qu’ils représentent, outre Krupp et Thyssen, BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken notamment. Et c’est ce grand capital, appelons un chat un chat, qui financera les délires nationaux racistes d’Hitler. Le décor est campé. Reste aux personnages de jouer leur partition.

Vuillard se concentre sur l’Anschluss, et de quelle manière ! S’appuyant sur une recherche imposante, il décortique les pleutreries d’un dictateur au petit pied, Schuschnigg, chancelier d’Autriche. Il passe à la loupe l’armée d’opérette de la nouvelle Wehrmacht, – oubliant au passage que ses mésaventures autrichiennes sont une répétition et que tous les correctifs seront apportés dans les meilleurs délais. Ainsi il n’y aura plus jamais de panne gigantesque dès l’invasion de la Tchécoslovaquie 6 mois plus tard sans aller au-delà – il scrute les errances – ne sont-elles que des errances ? – de Chamberlain et de Lord Halifax. Il démontre le caractère retors de Ribbentrop sous un habit de tennisman. Et il nous conduit dans des pages hallucinées vers le gouffre de l’Histoire.

Un court, très court passage nous renvoie à la responsabilité de la France. Malgré un ambassadeur lucide et pugnace, Gabriel Puaux, la France est aux abonnés absents.

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Pire pour éviter de se positionner, le gouvernement démissionne le 10 mars au prétexte de ne pas obtenir les pleins pouvoirs financiers… laissant les mains libres à Hitler pour son invasion. Il dira d’ailleurs qu’il ne pouvait remettre cette annexion : « après il sera trop tard ». Oui, tous les dirigeants calfeutrés dans leur bassesse glacée peuvent dire la même chose. Personne n’agit alors qu’il était encore temps de le faire !

Éric Vuillard nous sert une écriture comme je les aime. Une pâte, une force du verbe, une densité de l’écrit qui nous ravit. Les mots sont recherchés, les phrases sont burinées, le rythme est faussement léger. Cela m’a fait penser à Jean Echenoz avec son « 14 ». De la belle ouvrage ! Son texte est hyperbolique, commencé par le soleil, le cœur, et l’absence de chant d’oiseaux il se termine par le pourboire ravalé aux miettes pour, justement, les oiseaux. C’est une grâce. Dirons-nous que Vuillard est un drôle de zoziau, certes non, mais son texte est une audace.

Et puis, mine de rien, traitant de mécanismes vieux de 80 ans, il démontre leur actualité tragique : « Ne croyons pas que tout cela appartienne à un lointain passé. Ce ne sont pas (les 24 barons d’industrie et de la finance du début du livre) des monstres antédiluviens, créatures piteusement disparues dans les années cinquante, sous la misère peinte par Rossellini, emportées dans les ruines de Berlin. Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses. »

Ce ne sont pas les révélations des Paradise Papers qui nous feront dire le contraire. Un député criait : « révélations, indignation…, exonération ». Ce n’est pas ce à quoi nous invite Vuillard, il raconte l’Histoire afin de guérir ses bégaiements et c’est salutaire.

Bon après ces éloges, un regret : la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen a immédiatement félicité l’auteur pour le prix qui venait de lui être décerné. Normal. Mais, celle-ci est justement actionnaire à 95% des éditions Actes Sud… Ce serait chouette si elle faisait un don aux œuvres…

Ah ! je pense que ce livre édité en mai 2017 a été lu par Macron, oui, le président. Vuillard parlant des 24 barons écrit : « J’ignore qui était le premier de cordée, et peu importe au fond… ». Nous ne lui jetterons pas la pierre !

L’ordre du jour d’Éric Vuillard, éditions Actes Sud.

Philippe Pivion est l’auteur, notamment du roman Le livre des trahisons, paru aux éditions Cherche midi, qui aborde la même période.

Les partis : une exigence morale et démocratique!

 

Les 9 et 10 juillet 1940, devant un Parlement croupion, amputé des députés communistes, pourchassés car ils étaient restés fidèles à leur engagement, et de députés, entre autres Jean Zay, désireux de partir un Afrique pour maintenir en vie la République face à l’envahisseur nazi, Laval et à travers lui Pétain, stigmatisait le rôle des parties et abattait la République.

Certes la période n’est pas identique ; mais aujourd’hui les attaques directes et indirectes contre les partis choquent l’esprit républicain. Tout est bon pour dévaloriser, mépriser, stigmatiser l’engagement partisan : lancement de façon publicitaire de sauveurs suprêmes, mépris des engagements pris en public, déloyauté et oubli de la fidélité.

Tout ceci accroît la crise morale et intellectuelle de notre société, favorise les ambitions personnelles, les tentations antidémocratiques quel que soit le discours tenu.

Historien et citoyen, je ne peux que souscrire à la mise en garde solennelle faite par Alain Bocquet, député-maire de Saint-Amand-Les-Eaux le 25 février 2017 à Marly

Pierre Outteryck

Professeur agrégé d’histoire

« L’article 4 de notre Constitution décrète que « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage » ; et que la loi garantit leur participation équitable à « la vie démocratique de la Nation ».

Prenons-y garde dans ces temps délétères où tout concourt au dénigrement de l’action politique, au rejet des partis que simultanément, trop de démarches à gauche comme à droite, tendent à réduire à la fonction d’écuries présidentielles. Soyons en garde à propos de cette nouvelle mode des hommes ou femmes providentiels affublés de l’étiquette « anti système » et qui sont les purs produits de ce système. Ils s’en accommodent aisément et veulent secrètement le perpétuer. Tout changer, pour que rien ne change c’est bien connu !

Ces dérives et la personnalisation outrancière de la politique sont un danger pour notre démocratie. L’expérience que j’ai pu en acquérir me conduit à ressentir et à dénoncer cet appauvrissement considérable de la réflexion, du discours et du débat politiques. Notre peuple, les peuples ont tout à y perdre.

La soumission des gouvernements à la puissance des multinationales et des marchés, la domination de la finance qui a pris tous les leviers de commande dans la marche du monde, menacent de priver les citoyens de tout repère et de les spolier de tout espoir de changement.

Jamais l’écart entre les plus riches et l’immense majorité de l’humanité n’a été aussi considérable et aussi flagrant. Porteuses d’injustices et de désespérances, ces errances s’accompagnent de la montée de périls extrémistes et d’une radicalisation qui nourrit les terrorismes.
S’il n’y a pas de fatalité à ce mouvement du monde, il est clair cependant que l’engagement politique et l’existence de partis politiques représentent un enjeu chaque jour plus crucial pour rompre avec les logiques mortifères à l’oeuvre.  »