Précarité des emplois associatifs: un militant syndical tire la sonnette d’alarme

Précarité des emplois associatifs: un militant syndical tire la sonnette d’alarme

Publié dans Nord Eclair le 13/11/2013 Par Charles-Olivier Bourgeot

Le milieu associatif est le premier employeur de Roubaix. Mais l’économie sociale et solidaire est-elle exemplaire dans les relations sociales ? Non, répond le Roubaisien Éric Mouveaux. Et c’est le paradoxe que dénonce ce militant syndical (CGT) et politique (PCF) travaillant depuis trente ans dans le milieu associatif et l’animation. Il tire la sonnette d’alarme.

Eric Mouveaux, militant syndical et politique travaille depuis 30 ans dans le milieu associatif et de l’animation.

1. Dans les petites associations, la méconnaissance du droit du travail. «  Il y a une myriade de petites associations, des petites entités anonymes où les salariés ne sont pas informés de leurs droits  », constate Éric Mouveaux. Un militant CGT qui ne jette pas la pierre aux employeurs des petites associations, des bénévoles, mais observe une méconnaissance. «  D’un côté, il y a des employeurs qui ne sont pas assez formés. Ce qui fait que par moments, sans le savoir, ils se mettent en danger personnellement.  » En ne respectant pas le droit du travail qu’ils ignorent souvent. «  De l’autre, vous avez des salariés dans des situations très précaires.  »

Pour Éric Mouveaux, cette situation résulte essentiellement d’une dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et de la baisse des subventions indispensables au milieu associatif. Conséquences pour les petites associations : «  Soit on arrête l’action, soit on fait avec des bouts de ficelles. Mais dans les deux cas, ce sont les personnels qui trinquent.  »

2. Des salariés de plus en plus qualifiés, de plus en plus précaires. Pas de problèmes de formation dans les grandes associations mais «  un mouvement de fond  » qui consisterait à niveler les salaires par le bas. «  Je travaille dans ce secteur depuis le début des années 80  », raconte Éric Mouveaux qui voit depuis des gens de plus en plus qualifiés pour des boulots qui n’en demandent pas tant. «  Les animateurs, en moyenne aujourd’hui, ont un bac +3 ou un bac +4.  » Sans compter, dit-il, des conditions de travail qui se dégradent. «  Il n’est pas rare d’avoir des personnes à qui l’on demande de faire des journées de 14 heures, de personnes qui ne récupèrent pas leurs heures…  »

3. Des missions de service public transférées aux associations. «  Il y a tout un pan du service public qui a été transféré aux associations, observe Éric Mouveaux. Nettoyer les espaces verts, faire traverser une rue, ce sont des missions de service public. Des missions qui étaient assurées par des fonctionnaires territoriaux. Ces missions le sont maintenant par des associations qui n’ont aucune autonomie financière, aucune autonomie de décisions… Sous couvert d’insertion, ce qu’on développe, c’est plus un partage du chômage qu’une véritable insertion professionnelle. On n’offre aucune perspective durable à ces gens.  » Le syndicaliste regrette surtout qu’ «  on (ait) précarisé une fonction qui ne l’était pas au départ  ».

4. L’animation, ce « laboratoire de la précarité »

Ancien directeur de MJC, Éric Mouveaux fustige par ailleurs l’exploitation des encadrants des centres de vacances ou en périscolaire. Comprendre dans l’animation. «  Ça a servi de laboratoire de la précarité. » Il pointe en particulier les contrats d’engagement éducatif. «  À Roubaix, il existe des contrats payés à 37 euros la journée de travail de 10 heures, soit 3,7 euros de l’heure. La moyenne est aux alentours de 50-53 euros par journée.  » Il rappelle que «  les jeunes qui font ça, c’est pour payer leurs études  », que «  (ces) salariés ne se plaignent pas  ». En clair qu’on en profite. «  Dans la situation sociale qu’on a ici, on est déjà très content d’avoir un travail.  »

«La répression syndicale existe»

Salarié depuis 2003 de la Fédération française des Maisons des jeunes et de la culture, structure au sein de laquelle il est mis à disposition de MJC dans la région, Éric Mouveaux vient d’être reçu en entretien préalable au licenciement pour « inaptitudes liées à son environnement professionnel ». Convaincu d’avoir été mis progressivement au placard, il a lancé une procédure aux prud’hommes sur la base d’un harcèlement et d’une discrimination syndicale.

«  Globalement, il y a une pression de plus en plus forte  », tempête ce syndicaliste CGT dénonçant «  une certaine forme de chasse aux syndicats  ». «    La répression syndicale existe aussi dans les associations et l’économie sociale et solidaire. Il y a parfois un vrai décalage entre les relations sociales des associations avec les salariés et les valeurs qu’elles défendent.  »

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