Bonne route Witold, notre ami… mon camarade !

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Des pas précipités rue du Molinel ; une main me saisit par la manche.

« Bonjour Pierre, c’est Witold… ».

Nous nous entraînons vers un estaminet proche ; sur la table il étale une esquisse, un dessin ; il sait que je n’y vois pas… Il a pris mon index et le fait circuler sur les courbes. D’autres fois, trop rarement, je le retrouvais dans son atelier au 26 rue du Château, derrière la mairie de Roubaix. Witold est roubaisien, roubaisien jusqu’au bout des ongles. Il naquit à Roubaix le 10 octobre 1944, il y vit toujours … Quartier de la Fraternité. Tout un programme… Son programme.

witold 2Il nous a quittés dans la nuit du 14 au 15 août, à 1000 km de Roubaix, à Valbonne. Toute la journée du 14 passée sous le grand ciel de toile bleue du Midi. Il affectionnait tant cette couleur, le bleu hérétyskien, un bleu intense, électrique, profond rappelant le bleu de Klein sans lui être identique.

Ce bleu soulignait les formes féminines, des parties de corps … Aucune vision pornographe même si ces assemblages pouvaient sembler mécaniques.

La femme… C’est avant tout Danièle, sa muse, son épouse… Toujours là.Sart-Babylone_02_4430

Présente sur un des pignons de l’avenue Charles de Gaulle à Roubaix, Danièle… Visage de femme, les bras portant un enfant, leur fils Ivan. Danièle suggérée dans la station de métro Jean-Jaurès dont Witold Heretynski organisa le décor avec Daniel Dalluin.

Danièle toujours présente avec ses magnifiques bleus sur ce grand mur de 6 m de haut lors de l’exposition « On a choisi Rubens ». Commissaire technique , D. Lenglart, commissaire artistique, E. Trumeau, avaient choisi une trentaine de peintres de la région dans le cadre de Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture.

« Soyez ce que vous voulez être ; le paradis n’est pas un lieu où tu peux te rendre : non, le paradis c’est la perfection en toutes choses ».

Telle était la devise de Witold reprenant les propos de Jonathan Livingstone dans « Le Goéland ».

Witold demeurait profondément attaché à la Pologne, à la polonité. Dans les années 80, il avait occupé quelques heures le consulat de Pologne à Lille… Soif de Justice, de Liberté, de Droits de l’Homme. Lors d’une de nos dernières rencontres, il m’avait exprimé ses craintes et son effroi, son amertume de voir ces hommes qu’il avait défendus dans les années 80 tourner le dos à leur idéal et devenus des « fieffés réactionnaires »…

Humaniste, provocateur : les titres de ses toiles en attestent : «  Les empires éclatent un jour », « Les oiseaux sont mignons mais ils m’empêchent de dormir, dommage… », « La vie d’artiste, il faut l’inventer tous les jours », et surtout « Souvent la dorure c’est du toc ».

Provocateur mais discret, Witold aimait le Peuple, les petites gens de Roubaix, leurs aspirations et leurs luttes. Profondément communiste dans le sens vrai du terme, il savait partager et voulait en même temps que chacun conserve sa singularité.

Ce 15 août vers 2 h du matin, tu as retrouvé des amis, notamment Roger et Michel, partis avant toi…

Bonne route Witold… et merci !

Pierre Outteryck, un Roubaisien

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