PC Algérien PC Français : nos combats allaient dans le même sens !

Les démocrates, les progressistes, les communistes lillois, ont vécu vendredi 22 mars 2013, une soirée extraordinaire. A l’initiative de Michel Cucheval, et de la section lilloise du PCF, William Sportisse fut le maître d’œuvre d’un débat riche et sans concession.

Avec le concours de Pierre-Jean Le Folle Luciani, William Sportisse vient de publier le parcours de sa vie,Copie_de_Camp_des_oliviers-1-d5d9d celle d’un militant, d’un grand et authentique dirigeant révolutionnaire de l’Algérie coloniale et indépendante.

William Sportisse naquit à Constantine (Qacentina) en 1924, dans une famille juive.

La colonisation de l’Algérie ne fut pas facile, il fallut quarante ans à l’armée française. Les résistances furent nombreuses et elles continuèrent à exister malgré la main mise de l’administration, des banquiers et des colons de la métropole sur les richesses et les populations.

En 1870, le décret Crémieux donne des droits civiques aux populations d’origine juive. Alors que l’Algérie est très vite divisée en trois départements, les populations d’origines arabes ou kabyles ne bénéficient, pour la plupart, d’aucun droit. La vie politique et économique est dominée par les colonisateurs.

Lucien, le frère aîné de William, était dés les années vingt, un militant communiste. Arabophone, il mobilisait les paysans du constantinois. Ainsi en 1934, se souvient William Sportisse, les paysans revendiquèrent face aux colons. Le jeune Parti Communiste fut l’organisateur de ce mouvement.

Pour briser la contestation dans l’œuf, colons et bourgeois locaux dressèrent les populations musulmanes contre la bourgeoisie juive. Quelques provocations facilitèrent cette pratique immonde.

Mais…et le débat s’engage. Saïd Bouamama intervient. Ainsi William Sportisse précise :

« A la veille de la deuxième guerre mondiale, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, vient à Alger. Lors de ces meetings, Thorez utilise l’expression en parlant de l’Algérie : « une nation en formation ». Certes, ces propos sont en de ça des analyses de certains mouvements nationalistes et même du PCA. Mais c’était la première fois qu’un homme politique français osait parler, à propos de l’Algérie, de nation en formation. A l’époque le PCA n’a pas critiquer cette analyse, seize ans plus tard nous l’avons fait. Peut être aurions nous pu la faire plus tôt. Mais les mots de Thorez étaient en 39, très novateurs. »

D’autres questions fusent….Sur les massacres de Sétif, sur les relations entre le PCA et les courants nationalistes. William Sportisse ne cède rien.

hadj« Dés 1925, les communistes organisent l’Etoile Nord Africaine ; elle doit développer la lutte pour l’Indépendance. De futurs dirigeants nationalistes, comme Messali Hadj, en firent partie. Les liens entre nationalistes et communistes furent souvent complexes. Nous, communistes algériens, comme tout communiste, nous souhaitions l’Indépendance de l’Algérie et la naissance d’une société où paysans et ouvriers joueraient un rôle essentiel. Les nationalistes avaient, avant tout pour but, l’Indépendance. Mais c’est vrai, nous avons pu avoir parfois, nous communistes, un regard trop étroit ou sectaire sur ces hommes qui étaient des indépendantistes passionnés.»

Le 8 mai 1945, une violente répression s’abat sur Sétif : 15 000 à 30 000 algériens massacrés par l’armée française !

« Déjà le 1er mai à Alger, des drapeaux algériens avaient jailli de la foule, la police avait tiré…Plusieurs morts ! A Sétif, le 8 mai, nouvelles manifestations. Pendant la guerre, beaucoup d’algériens avaient lutté à côté de la Résistance française contre l’hitlérisme. Ils ne comprenaient pas que les idéaux d’Indépendance, de Justice et de Liberté, ne s’appliquent pas à l’Algérie. A Sétif, un drapeau algérien est arboré. La police tire. Là encore plusieurs morts…Début d’émeute… La répression sera d’une sauvagerie inouïe. Le Secours Populaire apportera la solidarité aux victimes algériennes, les députés communistes français exigeront une amnistie pour les militants nationalistes ; elle permettra à beaucoup d’entre eux de participer au combat pour l’Indépendance. »

En 1954 le PCA est un parti légal. Les communistes savent que les braises de l’Indépendance rougissent toujours. Ils sont surpris par les attentats de la Toussaint.

« Pour nous, reprend W.Sportisse, notre position était claire : nous voulions l’Indépendance. Le PCA regroupait des militants arabes, kabyles, juifs, français…Nous voulions rester le plus longtemps possible, un parti légal. En même temps nous soutenions et nous participions à l’Armée de Libération Nationale, tout en refusant de nous fondre dans le FLN. Notre combat a été difficile ; certains dirigeants du FLN voyaient d’un mauvais œil notre participation. »

Naturellement, une nouvelle salve de questions. William Sportisse revient sur le dramatique printemps de 1956. En janvier, le parti socialiste obtient la majorité grâce à l’appui du PCF. Le premier ministre est le socialiste Guy Mollet. Dans son programme : la fin des opérations de répression en Algérie, des droits égaux pour tous et la fin de l’oppression coloniale. Pourtant rien n’est joué :mollet

« Dés le 18 janvier 56, rappelle W.Sportisse, Jacques Duclos, dans un meeting, pointe les hésitations de Guy Mollet. En février G.Mollet va à Alger. La droite et l’extrême droite manifestent. Le dirigeant socialiste cède ; il nomme Robert Lacoste, proche des partisans de l’Algérie française, Résident Général. En mars, G. Mollet demande les pouvoirs spéciaux pour, selon lui, établir la paix en Algérie. »

Dur débat parmi parlementaires et militants communistes français… Le PCF vote les pouvoirs spéciaux, tentant de sortir le Premier Ministre des griffes de l’extrême droite. Peine perdue ! Quelques jours plus tard, Guy Mollet décide d’envoyer les appelés, des jeunes gens fils d’ouvriers et paysans, à participer à la répression sur le sol algérien.

« Les communistes algériens étaient contre le vote des pouvoirs spéciaux. Ils adressèrent une lettre en ce sens au PCF. Ils ne voulurent pas la rendre publique. »

Pourquoi ?

pcf affiche« En France, les communistes étaient la seule grande organisation politique à soutenir la lutte du Peuple algérien. Des jeunes communistes refusèrent de servir en Algérie, risquant pour cela, bagne et prison. Dans toute la France, des femmes, de jeunes appelés, manifestèrent contre la guerre. Des dockers refusèrent de charger des armes sur les bateaux. »

L’envoi du contingent par G. Mollet transforma l’état d’esprit de la population française. Jusqu’en 56, les militants communistes pouvaient s’adresser aux ouvriers en demandant soutien moral et financier pour le combat du Peuple algérien. Après 56, tout devint difficile. Combien de fois pères ou mamans leur répondirent :

«Donner pour l’Algérie ? Impossible, mon fils est là bas, il se fait tirer dessous par les félagats ! » 

La décision de G. Mollet gangréna la jeunesse et le Peuple de France ; plusieurs centaines de milliers de jeunes furent jetés dans ce brasier et furent confronter à la torture pratiquée par l’armée française. Xénophobie, haines, peurs et humiliations furent les fruits amers de cette politique qui pèse encore aujourd’hui dans les consciences et sont un terreau pour l’extrême droite.

Enfin, W. Sportisse évoque l’Algérie indépendante. Il souligne les contradictions au sein du FLN, la volonté de certains de développer une Algérie progressiste, le désir d’autres de voir s’implanter une bourgeoisie nationaliste et oppressive. Les communistes algériens ont toujours refuser de disparaitre ; en 1965, ils dénonceront le coup d’état de Boumediene et seront pour cela fortement réprimés

Merci William Portisse ; ton langage clair, tes yeux vifs ont éclairé cette soirée et montrer qu’au-delà des contradictions, existait une forte solidarité entre communistes algériens et communistes français.

Merci de ton témoignage et de celui de ton épouse, Gilberte.

 

Pierre OUTTERYCK

Professeur Agrégé d’Histoire

Président de l’Association CRI

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